Paul Feyerabend (1924-1994)

Tout est bon (suite)

«En outre, une telle idée est préjudiciable à la science, car elle néglige les conditions physiques et historiques complexes qui influencent en réalité le changement scientifique. Elle rend notre science moins facilement adaptable et plus dogmatique: chaque règle méthodologique étant associée à des hypothèses cosmologiques, l'usage de l'une nous fait considérer la justesse des autres comme allant de soi. Le falsificationisme naïf tient ainsi pour acquis que les lois de la nature sont manifestes, et non pas cachées sous des perturbations d'une ampleur considérable; l'empirisme, que l'expérience des sens est un miroir du monde plus fidèle que la pensée pure; le rationalisme, enfin, que les artifices de la raison donnent de meilleurs résultats que le libre jeu des émotions (...)»

Falsificationnisme : c'est la doctrine de Karl Popper
Empirisme : doctrine qui pense que l'expérience (ou l'expérimentation scientifique)
est la meilleure approche de la réalité. Il faut coller aux faits...
Rationnalisme : c'est la doctrine inverse - se défier des sens, de l'imagination
et faire confiance avant tout à la raison...

«Toutes les méthodologies ont leurs limites, et la seule "règle" qui survit, c'est "tout est bon"»

[Paul Feyerabend: "Contre la méthode", Paris, Points Sciences n°S56, p.332-333]

"Tout est bon chez elle, y'a rien à jeter" (Brassens)
Elle ? Il s'agit de la Méthode de Feyerabend, bien sûr !

Tiens, n'y aurait-il pas une parenté entre nos 2 anarchistes !

Là, Feyerabend exagère un peu : mais il faut lire cette expression
comme l'idée selon laquelle rien ne doit empêcher le libre développement
de la recherche scientifique... et surtout pas les méthodes imposées

(par l'Etat, par les institutions et par les idées philosophiques...) :
Laissons la place à l'imagination, à la fantaisie !...
et n'opposons pas la science aux autres activités humaines.

Feyerabend démontre ensuite que l'idée que la science est supérieure relève de l'idéologie. Il demande alors que la séparation entre l'Église et l'État soit complétée par une séparation entre la Science et l'État.

Je vous invite à compléter l'oeuvre de Feyerabend par l'ouvrage-roman de Pierre Thuillier : "La Grande Implosion"(Paris, Seuil, Collection "Points-Sciences) : il s'agit d'une fiction qui raconte la réflexion de savants de 2080, analysant l'effondrement de la culture européenne empêtrée dans ses illusions technologiques et le mythe de la Science.

A lire pour garder la lucidité, mais vous n'êtes pas obligé de suivre les thèses pessimistes de l'auteur.
Je préfère celles de Teilhard de Chardin, concernant l'avenir de l'homme.